Le diktat des algorithmes : ou comment l’IA décide déjà pour nous

le diktat des algorithmes

Il fut un temps où créer un site internet était avant tout un exercice de créativité.

On cherchait une identité, une personnalité, une expérience. On essayait des choses. On prenait parfois des risques.

Aujourd’hui, avant même de dessiner une interface, nous pensons déjà à Google, au référencement, aux performances, au mobile, aux Core Web Vitals, à la structure des contenus, à l’accessibilité, aux données structurées…

Tout cela est nécessaire.

Mais une question mérite d’être posée :

À force de concevoir pour les algorithmes, sommes-nous en train de perdre une partie de notre liberté créative ?

Quand l’algorithme entre dans le processus de création

Un site doit aujourd’hui être rapide.

Il doit être compréhensible par les moteurs et être correctement structuré.

Il doit répondre aux intentions de recherche et être performant techniquement.

Et bien sûr, il doit offrir une bonne expérience utilisateur.

Rien de tout cela n’est discutable.

Mais progressivement, nous avons parfois inversé la logique.

Nous ne demandons plus seulement :

« Quelle est la meilleure expérience pour l’utilisateur ? »

Nous demandons aussi :

« Est-ce que Google va aimer cette expérience ? »

Et cette question change beaucoup de choses.

Imaginez un designer qui souhaite créer une navigation originale, une homepage immersive ou une expérience particulièrement visuelle.

Très vite arrivent les contraintes.

Attention au poids des images, au temps de chargement, au JavaScript.

Attention à la structure HTML, au contenu au-dessus de la ligne de flottaison.

Attention à l’indexation, attention au mobile…

Petit à petit, l’idée originale est rationalisée, simplifiée, optimisée.

Et parfois, elle finit par ressembler à ce que nous voyons déjà partout.

Nous avons créé un nouveau directeur artistique

Il ne travaille pas dans l’agence, ne participe pas aux réunions, ne regarde pas les maquettes.

Mais il influence pourtant de plus en plus nos décisions.

Il s’appelle Google.

Et demain, ce seront peut-être ChatGPT, Gemini, Perplexity ou d’autres systèmes d’intelligence artificielle.

Ces outils ne nous disent pas directement quoi créer.

Ils font quelque chose de beaucoup plus subtil :

ils définissent les conditions pour être visible.

Et lorsque notre visibilité dépend de ces conditions, nous adaptons naturellement notre manière de produire.

C’est parfaitement logique, mais cela crée un paradoxe.

Nous disposons aujourd’hui de technologies extraordinaires pour créer des expériences nouvelles, et pourtant beaucoup de sites finissent par se ressembler.

Même structure, même navigation, même logique, même hiérarchie, même boutons, même manière de présenter les contenus.

Parce que cela fonctionne.

Mais aussi parce que nous savons que cela fonctionne.

Et maintenant, l'IA sélectionne à notre place

Avec les moteurs de recherche traditionnels, nous avions encore un rôle actif.

Nous posions une question, on nous proposait plusieurs résultats.

Nous choisissions.

Avec l’intelligence artificielle, une étape disparaît progressivement.

Nous ne demandons plus toujours :

« Où trouver cette information ? »

Nous demandons :

« Donne-moi la réponse. »

L’IA sélectionne alors les informations, les interprète et les synthétise pour nous.

C’est pratique.

Très pratique même.

Mais cela signifie aussi que la sélection de l’information devient de plus en plus invisible.

Nous ne voyons plus forcément les dix résultats.

Nous voyons parfois une réponse.

Et derrière cette réponse, un système a décidé ce qui était pertinent.

Nous sommes donc passés progressivement de l’algorithme qui décide ce que nous voyons à l’algorithme qui peut commencer à décider ce que nous savons.

Le problème n'est pas la technologie

Il ne s’agit évidemment pas de revenir à un web sans SEO, sans performance ou sans contraintes techniques, ce serait absurde.

Un site lent n’est pas une bonne expérience.

Un site inaccessible n’est pas une bonne expérience.

Un site que personne ne trouve n’est pas très utile non plus.

Le véritable enjeu est ailleurs.

Les contraintes techniques doivent servir l’expérience. Elles ne devraient pas devenir l’expérience.

Cette distinction est fondamentale.

Un score PageSpeed n’est pas une expérience utilisateur.

Une bonne position dans Google n’est pas une expérience utilisateur.

Une architecture technique parfaite n’est pas une expérience utilisateur.

Ce sont des moyens.

La finalité reste la personne qui se trouve derrière l’écran.

Et si nous recommencions à prendre des risques ?

Nous connaissons aujourd’hui tellement bien les bonnes pratiques que nous pouvons presque construire un site en suivant une recette.

  • Un hero
  • Un titre
  • Trois arguments
  • Des témoignages
  • Un appel à l’action
  • Une section services
  • Un footer

C’est efficace.

Mais l’efficacité ne devrait pas être l’ennemie de la personnalité.

Parce qu’une expérience mémorable est parfois justement celle qui sort légèrement du cadre.

Celle qui surprend.

Celle qui provoque une émotion.

Celle qui fait dire : « Je n’avais jamais vu ça comme ça. »

Et c’est probablement là que le rôle du designer devient encore plus important.

Comprendre les contraintes.

Les respecter lorsque c’est nécessaire.

Mais savoir aussi quand elles ne doivent plus dicter la création.

Le futur ne doit pas être parfaitement optimisé

Le risque serait de transformer progressivement le web en une immense collection de pages parfaitement rapides, parfaitement structurées, parfaitement optimisées…

et parfaitement prévisibles.

La technologie doit nous permettre d’aller plus loin, pas nous enfermer dans un modèle unique.

Nous devons continuer à comprendre les algorithmes.

Mais nous ne devons pas leur abandonner notre créativité.

Nous devons penser aux moteurs.

Mais surtout aux personnes qui les utilisent.

Parce qu’au fond, la question n’est peut-être pas :

« Comment faire pour plaire à l’algorithme ? »

Mais plutôt :

« Comment utiliser les règles de l’algorithme sans lui laisser décider de ce que nous avons envie de créer ? »

Et si, dans quelques années, le véritable luxe du numérique n’était finalement plus la technologie…

mais la liberté de ne pas tout optimiser ?

Cet article a été conçu par Fabrice Vermeulen, avec l’assistance de l’IA ChatGPT pour la structuration des données et l’exploration sémantique, dans le respect de la charte éthique d’Infografika sur l’usage responsable de l’intelligence artificielle.

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